ENFONÇONS LE CLOU,

IL S’AGIT DE VIVRE ENSEMBLE ARTISTIQUEMENT


[…]— De tous dites-vous ? Ce n’est donc pas pour vous
seul que je dois représenter ?
Mais l’homme répond finement :
—« Si c’était pour moi seul, je n’y aurais peut-être pas
pensé, je ne me serais pas souhaité autre si j’avais été
le seul. Je ne suis même pas sûr qu’il y aurait
eu un deuxième homme si j’avais été le premier.
Quand pensez-vous ? »[…]
Philippe Léotard - Cinéma.
À l’amour comme à la guerre. Gorgone prod.1990

Il s’agit de vivre ensemble, mais comment et avec qui ? Le théâtre peut se dire comme la réunion de x personnes, qui font semblant silencieusement (si tout se passe à peu près bien), regardant y personnes qui font semblant, souvent moins silencieusement.
Il est une infinité de façon de réunir. On peut vouloir par exemple ne réunir que des hommes et laisser les femmes au-dehors. On peut souhaiter réunir des gens tous issus de la même classe sociale ou de la même communauté, cela arrive il paraît. Beaucoup de réunions théâtrales sont possibles.
L'aventure du GITHEC réside dans le fait de prendre au sérieux la rencontre avec un public plus représentatif de la diversité sociale et culturelle de la société française et penser cette rencontre, non comme une politique culturellemais comme le cœur du processus de création artistique. Enfonçons le clou. Le cœur du processus de création artistique. Traduction : il y a une intrication vertigineuse entre représentativité politique et représentation picturale. Traduction : pour représenter (picturalement) au théâtre, il faut qu’il y ait un quelque chose de la représentation politique (un quelqu’un en qui l’on se reconnaisse, généralement on appelle ça un acteur).
Tout commence là, qui et comment réunir… Après les histoires, les scénographies, les interprétations, les mises en scènes ne sont que chemins escarpés entre la fable et le réel, c’est de l’art dramatique, de la technique de théâtre.
Nous souhaitons un théâtre en filiation avec le tragique où ces réunions aient lieu sans qu’il faille sélectionner par l’argent, sans terreur des classes laborieuses, sans vigile et sans physionomiste à l’entrée, sans classification des publics et des non-publics etc. Une réunion où la salle se dépasse elle même parce qu’elle est la métaphore de tous. Pour cela il est préférable que tous y soient représentés.

Guy Benisty